mardi 20 décembre 2016

Un barrage contre le Pacifique - Marguerite Duras & Ivresse de la métamorphose - Stefan Zweig

Titre : Un barrage contre le Pacifique
Auteure : Marguerite Duras
Edition : Folio
Nombre de pages : 365
Genre : Classique
Résumé : Dans le sud de l'Indochine durant les années 1920. Une vieille veuve, fatiguée et malade, vit avec ses deux enfants, Joseph et Suzanne, vingt et dix-sept ans, dans un bungalow isolé de la plaine marécageuse de Kam en Indochine...
La vieille femme, ignorante des coutumes coloniales qui nécessitent d'avoir recours à des pots de vin , a investi toutes ses économies dans une concession incultivable que les grandes marées du Pacifique innondent régulièrement. Elle se bat alors contre la direction générale du cadastre, puis en désespoir de cause décide de construire, avec l'aide des paysans de la région, un barrage afin de contenir les grandes marées....


Un roman excellent que je suis heureuse ne pas avoir eu à lire pour les cours.

       Un barrage contre le Pacifique est un roman dont je n’avais jamais entendu parler avant d’avoir le blog. Je sais que certains blogueurs l’ont lu et beaucoup apprécié, et ayant eu l’occasion de le découvrir à mon tour, je n’ai pas hésité, d’autant que c’est un classique.
       Il est d’abord à noter que c’est un roman autobiographique. Ne l’ayant pas étudié en classe, je ne peux pas dire grand-chose de ce côté-ci, mais apparemment, l’histoire se rapproche vraiment de ce qu’a vécu Marguerite Duras. Nous suivons trois personnages principaux : Joseph, 20 ans, sa sœur Suzanne, 16 ans, et leur mère. Ils vivent en Indochine, sur une concession incultivable envahie chaque année par les eaux du Pacifique, au milieu de la misère. L’histoire commence alors que Joseph vient de ramener un cheval à moitié mort, pensant que cela aiderait sa famille à se faire un peu d’argent. 1 an plus tôt, les barrages que sa mère avait tenté de construire contre le Pacifique se sont effondrés. Suzanne, quant à elle, guette chaque jour sur la route des chasseurs pour sa marier avec l’un d’eux. La mère est un peu folle. Suzanne et Joseph l’aiment, mais eux, ils veulent surtout quitter la concession. Un barrage contre le Pacifique raconte leur histoire.
       Même s’il n’y a pas un suspense extraordinaire, j’ai tout de suite été emportée par cette lecture. Marguerite Duras plante dès le début le décor d’une Indochine divisée entre les riches et les pauvres, et surtout, son œuvre est un réel réquisitoire contre la cruauté et l’injustice des cadastres, ceux qui dirigent les concessions des colons. L’auteure a un style particulier qui m’a vraiment plu : sa plume est riche, et pourtant elle n’hésite pas à être vulgaire dans les dialogues. Tout est très réaliste, et cela ne laisse pas le lecteur indifférent.
        Les personnages ne peuvent pas être qualifiés d’ « attachants », mais cela ne m’a pas empêchée de les apprécier. Suzanne, par son âge, est celle à laquelle je me suis la plus identifiée : elle est en quête d’un mari, mais elle est loin d’être nunuche et on sent tout son attachement à son frère Joseph, et même à sa mère. Je ne sais pas comment parler d’elle ; toutefois, je l’ai trouvée très vraie, sa psychologie est très creusée. Il en est de même pour Joseph : son rêve est de quitter la concession, même s’il tient à sa mère, et j’ai trouvé ses réactions très humaines. Quant à la mère, c’est la plus énigmatique de tous, à moitié folle, brisée par l’écroulement de ses barrages et toute sa misère, tantôt hargneuse tantôt proche de ses enfants.
         Je me répète encore, mais ce qui fait le point fort de ce roman, c’est son réalisme. L’histoire peut être trouvée un peu longue, pas forcément intéressante, mais elle est captivante. On ne peut pas ne rien ressentir face à nos trois personnages principaux, entre Joseph qui veut partir une bonne fois pour toute, Suzanne qui cherche un mari mais reste elle-même face à tout, et la mère qui essaye juste de sortir du bourbier dans lequel elle-même et les dirigeants de la concession s’est et l’ont enfoncée. Le lecteur est totalement immergé dans l’Indochine du début du XXème siècle, et Marguerite Duras lui ouvre les yeux sur une situation peu connue : ce qu’ont dû subir certains colons européens, et tout cela avec un style unique, qui colle parfaitement aux caractères des personnages.
      Je suis très contente de ne pas avoir eu à le lire pour les cours, car je pense que j’aurais moins apprécié, l’histoire m’aurait moins emportée, et je n’aurais eu qu’une envie : le finir au plus vite. Je n’aurais pas pu profiter de l’histoire, ni apprécier toute sa richesse. J’ai passé 4 jours dessus, mais je ne regrette pas.

      Comme je ne sais pas quoi dire d’autre, je m’arrête ici. Un barrage contre le Pacifique fut une excellente lecture que je ne peux que conseiller. Très vrai, très fort, avec des personnages aux psychologies très poussées, ce livre est une perle qui mérite d’être lue.





***

Titre : Ivresse de la métamorphose
Auteur : Stefan Zweig
Edition : Le livre de poche
Nombre de pages :
Résumé : Dernière oeuvre de Stefan Zweig, non publiée de son vivant, ce véritable testament romanesque nous transporte dans l'Autriche de l'entre-deux-guerres, déjà convoitée comme une proie par Allemagne nazie. Christine, modeste employée des Postes, a vu mourir son père et son frère. L'invitation impromptue d'une tante d'Amérique, riche et fastueuse, achève de la révolter contre la médiocrité de sa vie, sentiment qu'elle partage bientôt avec Ferdinand, ancien combattant, mutilé, devenu chômeur. Mais l'argent et la puissance mènent le monde, non pas l'amour. Devant le lent naufrage de l'Europe dans la barbarie, le couple s'enfonce dans une désespérance qui semble annoncer le suicide, en 1942, du grand écrivain autrichien, auteur d'Amok et de La Confusion des sentiments.


Encore un très bon Stefan Zweig.

    Oui, je sais, je suis faible. Si vous suivez le blog depuis longtemps, vous savez peut-être que j’adore cet auteur, et que dès que j’ai l’occasion de lire un de ses livres, je me jette dessus. N’ayant plus rien à lire, je n’ai pas hésité longtemps quand je l’ai vu qui me tendait ses petits bras au CDI. Cet avis ne sera pas très long puisque 1) le livre est assez court, 2) je ne crois pas que ça intéresse grand monde et 3) je suis crevée. J’écris cette chronique le 12 décembre à 21h, et mes neurones sont cuits, si ça intéresse quelqu’un.
    Pour vous situer, l’histoire se passe dans l’entre-deux-guerres, en Autriche. Nous suivons Christine, jeune femme de 28 ans, qui a vécu la Première Guerre Mondiale, pas sur le front mais sur le plan social et économique : sa famille a perdu le peu d’argent qu’elle avait et, sa mère étant malade, elle travaille actuellement dans un bureau de postes dans un village perdu. Christine est donc très pauvre, et autant dire qu’elle ne connaît pas le bonheur. Pourtant, une riche tante va l’inviter pour un séjour en Suisse, dans un hôtel de luxe, qui va la bouleverser complètement. Mais en revenant, Christine va se reprendre la réalité en pleine figure et c’est là qu’elle va faire une rencontre pour le moins surprenante qui va la changer…
    Voilà donc pour le scénario. Je vous préviens tout de suite, il y a quelques longueurs. Bien sûr, il y a plein de passages qui sont super intéressants, et parfois on ne voit pas les pages défiler. Mais il y a aussi des moments de mou, où rien de passionnant ne se passe. C’est un peu dommage, car j’ai été habituée avec ses nouvelles à la fluidité de la plume de Zweig.
    Par contre, en parlant de plume, elle est toujours là et toujours aussi magnifique. Il faut savoir que Zweig est un auteur qui est parfaitement abordable et se lit vraiment bien, mais en plus la qualité est là. Comme d’habitude, j’ai été subjuguée par toutes ses descriptions, notamment celles des sentiments de Christine. C’est juste… waouh. Je crois que je ne me lasserai jamais de cette si belle plume. En outre, ce style provoque beaucoup d’émotions. J’ai vraiment été touchée par Christine, et plusieurs fois j’ai eu des coups au cœur en la voyant si malheureuse, si désespérée, si démunie.
    Christine, parlons-en. Sa psychologie est très poussée, et c’est une femme qui peut très vite s’emporter. Pourtant, malgré ses réactions parfois un peu trop vives, je n’ai pu que la comprendre. Quand on sait ce qu’elle a vécu et ce qu’elle vit encore, on ne peut que lui pardonner et encore une fois la comprendre. Par contre, j’ai eu du mal à m’attacher à elle sur le plan affectif.
    Ensuite, si vous vous intéressés aux guerres mondiales, ce livre devrait vous plaire. En effet, nous pouvons ici voir les conditions de vie des autrichiens, pendant et après la Première Guerre Mondiale. J’ai trouvé cela vraiment intéressant, parce que c’est un aspect qui n’est quasiment jamais abordé, même dans les cours d’histoire : on ne se focalise que sur l’Allemagne. Or, l’Autriche est quand même différente.
    Enfin, diverses réflexions sont proposées par l’auteur au travers du personnage de Ferdinand que rencontrera Christine dans les 100 dernières pages. On sent sa grande force de caractère, mais aussi et surtout son ras-le-bol envers la société qui ne l’aide en rien alors qu’il a été soldat et retenu en Sibérie même après la guerre. N’ayant pas de grandes connaissances en la matière de sociologie et tout, je ne peux pas trop le juger, mais je l’ai quand même compris.

    Pour conclure, Ivresse de la métamorphose fut une très bonne lecture. La plume de Zweig est toujours aussi belle, notamment au niveau de l’intensité des sentiments. On ne peut que comprendre les personnages et ce qu’ils vivent au travers de la présentation de l’Autriche de l’entre-deux-guerres, qui est vraiment intéressante par ailleurs. Je ne déplore que les longueurs, qui sont vraiment dommages.

30 commentaires:

  1. Je dois avouer que ce ne sont pas des livres qui m'attirent dans l'immédiat mais pourquoi pas un jour... ;)
    Victoire3

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    1. Je comprends. :) Oui, pourquoi pas !

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    2. Pareil je comprends aussi. :) En tout cas j'espère que quand tu en auras envie tu auras l'occasion de les découvrir. :)

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  2. Merci de m'avoir faite découvrir Un barrage contre le Pacifique, je connais l'auteur et j'aimerai beaucoup lire ce classique ! Ta chronique est superbe et Stefan Zweig est un auteur qui m'intrigue, vous en parlez souvent^^ !

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    1. De rien ! J'espère que tu pourras le lire. :)

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    2. Merci ! Stefan Zweig est devenu mon auteur préféré, alors dès que j'ai l'occasion je lis un de ses livres... Et cette occasion arrive souvent haha ! ^^

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  3. Je ne pense pas que ce serait une lecture que j'aurais pour le "plaisir" - si je lit ce livre un jour, ce serais pour les cours. En tout cas, il t'auras fait passer un bon moment et c'est l'essentiel ! ^^

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    1. Je comprends. :) Mais c'est plus agréable de le lire pour soi que pour les cours !
      Merci !

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    2. J'ai moi aussi lu Un barrage contre le Pacifique et je suis passée à côté du coup de coeur. Emilie a raison : c'est plus agréable de ne pas lire ce livre pour les cours, on a la pression et la flemme en moins. :)

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  4. Je n'ai pas encore lu Ivresse de la métamorphose et tu me donnes bien envie de le lire rapidement. J'ai très envie de retrouver l'écriture poétique et magnifique de Stefan Zweig. Et j'ai bien envie de lire comment il créer la psychologie du personnage principal.

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    1. Ce n'est pas le meilleur roman de Stefan Zweig, mais franchement j'ai beaucoup aimé, surtout à cause de sa plume qui est juste waaaah. J'espère vraiment que tu pourras découvrir Ivresse de la métamorphose.

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  5. Deux très bons livres du coups c'est toujours un bon bilan ! Je connais les deux mais bon c'est vrai que je reste assez éloignée des classiques

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  6. J1voue que je ne vais jamais vers les classiques de moi même.. je préfère attendre de les découvrir avec l'école mais du coup je n'apprécie pas forcément :/

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    1. C'est ça qui est vraiment dommage : on nous force à lire des livres, et comme ce n'est pas pour le plaisir à cause de la pression des interros, eh bien on ne peut même pas l'apprécier. :/

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    2. C'ets vrai que les livres de cours ne sont jamais plaisants à lire parce qu'on ne les lit pas de nous-mêmes et ils sont tout de suite perçus comme une contrainte. C'est dommage.

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  7. Un barrage contre le Pacifique me tente beaucoup, notamment parce que l'auteure y raconte son histoire. Je pense que c'est la raison pour laquelle ce roman est si réaliste ! Quant à Zweig, j'ai eu un coup de coeur pour sa biographie de Marie-Antoinette et je compte lire ses autres livres, mais je ne pense pas commencer par celui-ci, surtout s'il y a quelques longueurs.

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    1. Je n'ai pas (encore) lu la biographie de Stefan Zweig de Marie-Antoinette alors je ne peux pas juger, mais en tout cas la plupart de ses romans/nouvelles sont vraiment biens. Personnellement j'avais surtout adoré La confusion des sentiments, Lettre d'une inconnue et La Peur. :)

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    2. Oui, je pense aussi ! Elle nous immerge totalement dans son univers.

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  8. Le résumé d'Un barrage contre le Pacifique m'intrigue mais j'ai peur de ne pas accrocher à cause du style. Je n'aime pas trop quand il y a de la vulgarité dans mes lectures, en fait. Mais, si l'occasion se présente, je lui laisserais peut-être sa chance :)
    Aaah ! Encore un Stefan Zweig, Julie :p Il faut absolument que je lise un de ses livres ^^ Par contre, peut-être pas avec celui-là car les longueurs pourraient me freiner ;)

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    1. La vulgarité passe plutôt bien car elle n'est présente que dans les dialogues, et les personnages s'expriment plutôt comme nous avons nous tendance à parler en général, donc ça passe sans problème. Oui, laisse-lui sa chance !

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    2. Hihi oui, je suis incorrigible hein ? :3 Ouiiii ! En effet celui-là n'est pas le meilleur, alors évite de commencer par lui. :) Perso je te conseille Lettre d'une inconnue et La confusion des sentiments, deux nouvelles que j'ai adoré. :)

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  9. Ce n'est pas les livres vers lesquels je me tournerai spontanément mais, vos bons avis éveillent ma curiosité tout de même :)

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    1. Si un jour tu en as envie, j'espère que tu pourras les découvrir en tout cas. :)

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    2. Ils valent le coup d'être lus. :)

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  10. Je suis contente que tu aies apprécié l'écriture de Duras. Et si tu as aimé, je ne peux que te conseiller de lire L'amant !
    Je n'ai pas le ce Zweig (d'ailleurs, ça fait un moment que je n'ai rien lu de lui), ça me plairait assez de lez découvrir.

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